Tunisie : des casseurs protégés par la police ?


Un climat poisseux d’insécurité règne sur la capitale et alimente tous les fantasmes.

Par IAN HAMEL (À TUNIS)

Ils sont vêtus de noir, la plupart portent une cagoule qui leur cache le visage, mais pas tous. Ils ne lâchent leurs longs bâtons que pour se saisir de pierres et de pavés et les jeter sur les commerces qui n’ont pas eu le temps de baisser leurs rideaux de fer. Ils visent également les vitres dans les étages supérieurs donnant sur l’avenue Habib Bourguiba et sur l’avenue de France, en direction de la Médina. Ce sont des casseurs un peu particuliers, puisqu’ils provoquent ce chaos avec, apparemment, la bénédiction de la police tunisienne.

Les militaires, en faction en permanence devant l’ambassade de France et le ministère de l’Intérieur, l’arme au poing, regardent les casseurs, sans broncher. Les policiers ne vont pas non plus réagir quand cinq de ces hommes de main se jettent, rue de Marseille, vers 19 heures, sur deux adolescents et les tabassent à coups de gourdin, continuant à frapper leurs victimes alors qu’elles ne bougent plus.

Soudain, une première rafale

Qui sont ces mystérieux hommes en noir ? Des policiers en civil ? Des voyous recrutés dans le dessein de discréditer les manifestants ? Ce n’est pas le ministère de l’Intérieur qui apportera des éclaircissements. Samedi, dans un premier communiqué, celui-ci appelle les parents d’élèves et d’étudiants à “empêcher leurs enfants de participer à des actes de vandalisme et de troubles, et à éviter leur utilisation comme bouclier humain par les instigateurs de ces actes”. Dans un autre communiqué, les services de sécurité font état de locaux de police détruits, de magasins incendiés et pillés, de voitures brûlées, évoquent “21 blessés parmi les agents de l’ordre”, mais ne mentionnent pas les victimes du côté des manifestants

Une journaliste au Quotidien était présente samedi alors que la foule manifestait pacifiquement devant le ministère de l’Intérieur pour réclamer le départ du Premier ministre par intérim. “Soudain, une première rafale de tirs retentit dans l’air…, puis une deuxième… et une troisième… Qui a tiré ? Dans quel but ?”, écrit le journal. Suivent des jets ininterrompus de bombes lacrymogènes, qui ne font pas seulement pleurer, tousser, mais aussi vomir, crier de douleur.

Gardes présidentiels en fuite

Aux violences policières s’ajoutent les exactions que la rumeur attribue à des milices armées favorables à “l’ancien régime”. Depuis la “révolution” du 14 janvier, le nombre de vols, de cambriolages, d’attaques à main armée ne cesse de grimper. Il est vrai que plus de 11 000 prisonniers se sont échappés en janvier des établissements pénitentiaires et que beaucoup d’entre eux n’ont pas encore été repris. Un climat poisseux d’insécurité règne sur la capitale et alimente tous les fantasmes. Samedi après-midi et dimanche matin, rares étaient les taxis qui osaient s’aventurer dans le centre de Tunis.

Samir, la cinquantaine vigoureuse, travaille depuis plus d’un quart de siècle au ministère de l’Information. Pendant quelques jours, après le renversement de l’ancien régime, il a hésité à regagner son bureau. “Heureusement, il n’y a pas eu de licenciements, j’ai pu reprendre ma place, je ne suis qu’un petit fonctionnaire”, explique-t-il. Samir a convaincu son jeune frère Ahmed, garde présidentiel, de sortir de sa cachette où il se terrait depuis plus d’un mois. “J’ai peur d’être arrêté si je reprends mon poste. Certains de mes amis se sont enfuis en Libye pour se mettre au service de Kadhafi”, avoue-t-il.

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